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CERCLE DE GÉNÉALOGIE ET D'HISTOIRE DE LASNE |
La soierie artificielle de Maransart |
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Création Le 4 octobre 1904, par devant le notaire Adolphe PETRE résidant à Saint-Gilles, se constitue une société baptisée: SOCIETE ANONYME BELGE POUR LA FABRICATION DE LA SOIE J.G.R. (du nom de Jean Georges RAMEL, ingénieur Suisse qui sera le premier directeur et le bâtisseur de la fabrique).
La société a son siège à Bruxelles, rue Fossé au Loup 41.
Le capital social est fixé à 2.500.000 BEF divisés en 10.000 actions de capital
de 250 BEF chacune. Il s’agit notamment du brevet d’invention délivré en France le 28/06/1904 sous le n° 342077; du brevet d’invention délivré en Belgique le 26/07/1904 sous le n° 1786201. Il est également spécifié dans l’acte fondateur de la société qui nous occupe que l’ingénieur est chargé de rechercher et fournir, sur ses deniers personnels un terrain convenant à l’érection d’une usine, d’une contenance de 8 hectares et dont la valeur ne pourra dépasser la somme de 50.000 BEF2. En échange, RAMEL recevait 4.000 actions et la totalité des parts de fondateur3. |
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La technique utilisée Le procédé qui allait être utilisé pour la fabrication de la soie par la S.A qui venait d’être fondée avait été mis au point par le comte Hilaire de CHARDONNET et présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1889. Il s’agit du procédé dit «à la nitrocellulose». Une amélioration sensible du système est due à un français: Lucien CRESPIN, qui déposait un brevet en Belgique le 26 juillet 1904, c’est celui déjà évoqué ci-dessus.
En quoi consiste ce procédé? Il résulte de réactions chimiques qui pour moi,
sont par essence compliquées, puisque je n’ai jamais rien compris à cette
science. La cellulose est une substance organique formant la partie essentielle des tissus cellulaires des végétaux. Elle se présente dans les plantes sous des aspects variables suivant l’organe et sa maturité, dure et compacte dans les noyaux, molle dans les bourgeons. La moëlle de sureau, le duvet des semences de coton constituent de la cellulose presque pure. Elle n’est soluble dans aucun des solvants habituels4. A l’état pur, la cellulose est une matière solide et blanche. Elle se trouve aussi presque pure dans le coton, le papier non collé, la charpie et le vieux linge fréquemment blanchi. En général, elle est fournie, en abondance, par les cellules et les fibres des végétaux. Pour l’obtenir, il suffit de faire bouillir l’un des corps précités dans une lessive caustique faible, de le faire sécher et d’épuiser ensuite les divers éléments étrangers minéraux ou organiques par de l’acide acétique, de l’alcool, de l’éther et de l’eau. D’autre part, si l’on l’immerge (selon des quantités savamment calculées) dans un mélange d’acide sulfurique et d’acide nitrique, on en retire au bout de 24 heures de la cellulose octonitrique, corps explosif que l’on débarrasse de l’acide qui l’imbibe et que l’on sèche après l’avoir soigneusement lavé. Insoluble séparément dans l’alcool et dans l’éther, cette cellulose octonitrique se dissout de suite dans un mélange de trois parties d’éther et d’une partie d’alcool et elle forme le collodion, liquide légèrement visqueux qui a de nombreuses applications en photographie. Il est insoluble à l’eau.
C’est ce collodion que l’on parvient, dans certaines conditions, à filer en
fils très fins et plus brillants même que la soie naturelle. Alors il est fait mention ci-avant de deux brevets. Le brevet pour le procédé général dit méthode CHARDONNET et celui de CRESPIN, qui avait trouvé un système permettant la récupération des solvants ou d’une partie de ceux-ci.
Dans son mémoire descriptif6,
CRESPIN écrit ceci:
Et cette amélioration du système consiste essentiellement en la capacité de
récupération du dissolvant. Inutile de dire que le coût de production est de ce
fait moins élevé. |
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Le choix du site
Le projet étant ainsi spécifié, le directeur étant désigné, encore faut-il
maintenant que ce dernier (RAMEL) déniche un terrain pour y établir la fameuse
usine. Il y avait là un terrain de 2,5 ha à proximité d’étangs et d’une rivière (la Lasne). La fabrication de la soie artificielle nécessitait l’emploi de grandes quantités d’eau. Le site est donc idéal, d’autant qu’il y avait juste à côté une gare SNCV et une route menant de La Hulpe à Genappe.
Ce terrain était la propriété de l’épouse d’un notaire de Braine l’Alleud: Mme Julienne
VANHAM épouse de Lucien ALLARD. L’acte d’achat fut passé le 5
novembre 1904, en l’étude de André GILLIS, notaire en résidence à Braine
l’Alleud. |
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Une existence éphémère
La fabrication de la soie artificielle peut donc commencer.
Au 31 décembre 1906, 3.700 kg de fils de soie avaient été produits mais la
situation financière de l’entreprise n’est guère brillante.
Les administrateurs ont trouvé en M. RAMEL, le directeur et concepteur de
l’usine, le bouc émissaire des mauvais résultats. Ils le menacent même de
rendre des comptes devant la justice |
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Nouveau départ – expansion économique Le 3 août 1908, devant Me André GILLIS, notaire à Braine l’Alleud, se constitue une nouvelle société: SOIERIES DE MARANSART S.A., à Couture St Germain. Son siège social est fixé à Couture St Germain, sur le site même de l’usine et son objet est la fabrication de la soie artificielle obtenue par tous systèmes10.
Le capital social est fixé à 1.660.000 BEF, divisé en 6.640 actions de 250 BEF
chacune.
Parmi les administrateurs deux figures du futur «grand Lasne»: Cette fois, il semble que la société soit partie sur de bonnes bases et la production semble excellente puisque l’entreprise ira jusqu’à employer 800 personnes (en 1914)12. Une autre source donne les chiffres suivants: 65 ouvriers en 1909; 127 en 191013. Enfin, une publication parle de 600 personnes employées par la fabrique en 191814. |
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Les conditions de travail Elles sont celles que l’on retrouve un peu partout dans l’industrie au début du XXème siècle. C’est à dire pénibles. Les conditions d’hygiène devaient être épouvantables. Les sanitaires étant insuffisants, les ouvriers et ouvrières en étaient parfois réduits à uriner pratiquement sur le lieu même de leur travail.
Ici comme ailleurs, ils étaient traités avec un certain mépris par les
contremaîtres, directeurs et administrateurs. Seul importait le profit.
Des punitions pouvaient être données par des contremaîtres. Il s’agissait alors
de rester une heure ou deux de plus, à titre gracieux. A Couture comme un peu partout en Belgique, des enfants sont employés, malgré les dispositions légales sévissant depuis 1889 et fixant à 12 ans l’âge minimal requis pour pouvoir travailler dans les usines. Des contrôles étaient parfois effectués par des instances ministérielles. Dans ce cas, les enfants trop jeunes étaient cachés15. Cela se passait partout comme cela. Aucune des parties n’avait d’intérêt à changer. Les employeurs d’abord, car la main d’œuvre fournie par les enfants leur revenait évidemment moins cher. Les travailleurs ensuite, car leur salaire était souvent insuffisant pour nourrir décemment toute la famille. L’apport, même maigre du salaire des enfants n’était certainement pas négligeable.
Les délations étaient inexistantes ou presque. Le zèle des inspecteurs n’était
probablement pas poussé à l’extrême. Les responsables les recevaient
vraisemblablement très bien (café, petite goutte, petits fours, cigare…) Des étrangers ont été employés à l’usine de Couture. Des italiens d’une part, dont certains se sont établis dans la région, les BIASETTO par exemple17. Certains fuyaient le régime fasciste de Mussolini. Par la suite ce furent le tour de polonais, de hongrois, de tchèques. Ces derniers restèrent moins longtemps. D’abord parce que l’usine, nous le verrons, arrêtera bientôt ses activités, ensuite parce que leurs aspirations étaient sans doute autres. Autant les italiens étaient accompagnés de leurs familles, autant les travailleurs venus d’Europe de l’Est venaient seuls. Ils logeaient dans des conditions d’hygiène déplorables dans des baraquements situés le long de la route de l’Etat, là même où plus tard, le marchand de charbon Gustave TROISIEME établira ses entrepôts18. A l’usine, les étrangers n’étaient pas plus mal traités que les Belges. Il ne leur était pas attribué de tâches plus pénibles. |
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L’alcoolisme
On raconte qu’il régnait un alcoolisme endémique chez les ouvriers de la
soierie. Il est probable que les émanations des produits utilisés (éther,
alcool – voir plus haut) aient produit quelques effets semblables à l’ivresse. En effet, il semblerait que l’alcool utilisé pour les dissolvants attirait quelques personnes. L’éther qui y était mélangé n’aurait pas empêché des «accros» d’en boire. Il paraît qu’ils emplissaient leurs bols qu’ils laissaient ensuite quelque temps à l’air libre, dans l’herbe, près des étangs, afin d’en faire évaporer l’éther19. Les femmes aimaient également boire leur «goutte». Elles chantaient, riaient et criaient dans le tram qui les ramenait chez elles en fin de journée. Elles étaient saoules20. |
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Les conditions de sécurité Ici, il faut se reporter au début du XXème siècle. Si certaines précautions sont prises, rien à voir avec les normes que nous connaissons de nos jours (qui n’empêchent malheureusement pas tous les accidents). Les législations sont inexistantes ou presque. Ces notions sont encore vagues pour ne pas dire absentes. C’est partout pareil. A la soierie, pourtant, d’infinies précautions devaient être prises. Les risques liés à la nature des produits manipulés étaient énormes. Il y avait donc des règles relativement strictes à suivre pour éviter qu’il n’y ait des explosions et limiter l’effet de celles-ci s’il s’en produisait.
Quelles étaient ces précautions? Ces mesures étaient bien entendu destinées à éviter tout risque d’étincelle qui pourrait résulter du frottement d’une pièce métallique sur un corps dur21. A Couture, il y a eu des accidents. Certains furent dramatiques. Ainsi celui du 12 février 1913, lorsqu’une violente explosion eut lieu. Voici ce que la presse relatait à l’époque:
«AFFREUX ACCIDENT A MARANSART
On accourut aussitôt au secours des quatre victimes.
BEAUCLAIR a succombé.
Pour la petite histoire, notons que le petit-fils de l’une des victimes, Joseph
BEAUCLERCQ, sera le dernier bourgmestre de Couture St Germain: Armand
BEAUCLERCQ.
Un autre accident, plus stupide, mais tout aussi tragique a été relaté. |
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La courte vie de la fabrique
La prospérité de la soierie sera de courte durée.
Ce procédé est moins dangereux que le précédent et a été développé suite aux
nombreux incendies ou débuts d’incendies qui se produisaient à la soierie.
La société ne prospère pas véritablement. Sans doute à cause de ses dimensions
modestes, par rapport à celles de Tubize ou Alost.
Les différentes augmentations de capital et modifications des statuts qui eurent lieu dans les années 1925-1929 n’y firent rien. En 1928, la société travaille à pertes. C’est le chant du cygne. En 1930, c’est la fin. La société est dissoute (30/06/1931). Un liquidateur est désigné: Jacques KARELSEN, avocat de Saint Gilles26.
Les machines sont vendues à des hommes d’affaires de Tubize. Les autobus acquis
en 1929 pour aller chercher des ouvriers sont vendus, l’un à une firme
bruxelloise, l’autre à une filature de Céroux-Mousty.
En 1939, la cheminée impressionnante (52 mètres de haut) fut abattue par une
firme de Wavre. |
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Pour terminer Ce dossier est certes incomplet. De nombreux aspects n’ont pas été abordés. C’est parce qu’ils sont plus techniques et plus compliqués. Ainsi les différents procédés de fabrication n’ont pas été détaillés; le terminal de SNCV (qu’il a fallu adapter pour une raison d’écartement des voies) non plus. Les personnes qui consulteront ce dossier peuvent, pourquoi pas, compléter celui-ci par leurs connaissances particulières (chimiques, physiques, comptables ou simplement, ce qui est le plus touchant, par des anecdotes qu’elles connaîtraient d’un ancêtre ayant travaillé à la soierie).
Documents pouvant être consultés au Cercle : |
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Réalisation Willy CORDIER: a rassemblé la documentation et fait une ébauche du sujet; Jacky SCHOONJANS: a réalisé quelques interviews et recueilli pas mal de renseignements utiles. José LANGLET: pour les quelques lignes du présent.
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(mise en page web de Nicolas Vasic)